Concert Privé de MintJe suis en route pour le K-nal à pas pressé. Ce n’est pas le diable qui est à mes trousses mais bien la perspective de rencontrer des dieux! Des dieux de la musique, s’entend. Grâce à une Radio au parfum frais (mais non poivré) ainsi que 3 SMS surtaxés, une malédiction vieille de 12 ans a enfin été levée: celle de ne pas pouvoir voir dEUS en concert. Pourtant, je n’étais pas passée loin il y a presque deux ans (rappelez-vous cet article “groupie style“). Je rongeais donc mon frein, espérant que le groupe nous rajouterai un p’tit Forest National après la saison des festivals et voilà, la Fortune a décidé de me faire un guili-guili. Non seulement, dEUS serait au programme mais aussi Arid et Girls in Hawaii.

Lo m’accompagne. C’est normal… comment oublier cette soirée anversoise il y a 9 ans quasi jours pour jours? Un soir, nous n’avions rien d’autre à faire et celui qui était alors mon voisin du dessus avait dit “Oui” à ma proposition d’aller faire de la figuration sur “Instant Street”. S’en étais suivit une TRES longue nuit au café d’Anvers, avec les images de Klaas Janzoons épuisé, étalé de tout son long sur le sol d’un des balcons, d’un Tom Barman hyper-nerveux fumant clopes sur clopes, mais sexy en diable, d’un Danny Momens plus cool que cool, d’un Craig Ward qui faisait la gueule et parfait contraste d’un Jules De Borgher hilare. Nous nous étions résigné de quitter vers 5 heures du matin alors que la fête continuait. Il était donc normal qu’il soit mon complice pour la soirée!

Concert privé de Mint: AridL’endroit “ultra-secret” était donc le K-nal, un ancien entrepôt d’acier et de bois au bords de l’eau transformé en salle polyvalente. La paume dument estampillée, je découvre un endroit complètement ignoré! Dommage qu’il ne serve que pour des évènement ponctuels. Ce mélange chaud-froid entre l’organique et le minéral, l’architecture aérée du bâtiment, tout me tape dans l’œil. Miracle, il reste de la place près de la scène. Je m’installe donc pendant que Lo va nous chercher des bières. Pour la soirée, je retrouve mon cœur de midinette! En effet, aucun espace ne sépare le public de la scène. J’ai littérallement les coudes sur le plancher! A 9 heures, Arid débarque dans des effets de lumière aériens. Arid, il y a quelques années, était regardé comme un des principaux espoirs de la scène musicale flamande. Disons-le, ils faisaient du Keane avant que le groupe de Ben Chaplin ait commencé à y penser! Des mélodies accrocheuses, un chanteur, Jasper Steverlinck, à la voix impressionnante, et pas désagréable à regarder… et puis POUF, le soufflé est étrangement retombé. Mais ils sont de retour et c’est avec décontraction et simplicité que Jasper entame un set équilibré entre anciens et nouveaux titres. Plaisant mais sans plus. Le filles des premiers rangs par contre, sont plus que conquises! Moi, j’essaie de ne pas me faire remarquer car les photos sont normalement interdites et je prends quelques clichés à la sauvette.

Concert privé de Mint: Girls in HawaiiUne bonne quarantaine de minutes plus tard, on vient installer toute la scénographie de Girls in Hawaii. Ouf… ils ont bien pensé à la déco… de vieilles télés, des abats-jour kitchissimes de couleurs différentes… Va t’il rester de la place au groupe (ils sont quand même 6)? Ne pas photographier tout cela serait un crime! Les “Girls” étant extrèmement populaires, il suffit des premières notes de “This Farm Will End Up In Fire” pour mettre le feu aux poudres. Dans un light-show époustouflant (et extrêmement difficile à saisir). On baigne dans le soleil couchant, brule dans les flammes de l’enfer, plonge sous la glace pendant que les télés diffusent de longues séquences mélancoliques ou des montages soulignant une musique dense (trop?), serrée mais qui offre de beaux moments de tension extrême (”Flavor”) ou plus apaisant (”Found In the Ground”).

Concert privé de Mint: dEUS

Des apéritifs plus que consistants pour préparer le public à l’objet sonore qui va leur tomber dessus. Il est 23 heures quand dEUS monte sur scène. Je suis aux pieds de Klaas, littérallement! Si je tends le bras, je pourrais toucher ses jolies bottes blanches. Tom monte sur scène le dernier, cigarette aux doigts et prêt à en découdre. Ca y est. 12 ANS!!! Ils sont bien là devant moi et en train de jouer le début de “Slow”. Les choses sérieuses commencent avec “Theme From Turnpike”. De Tom, on ne voit que son regard. Au fur et à mesure qu’il entre dans le concert, il se renverse, roule des yeux transis puis reprend un visage normal, comme si de rien était. C’est impressionnant le pouvoir qu’exerce le rythme. Klaas ne lèvera pas la tête. Concentré sur son synthé, son violon, ses percus et autres petits instruments. Mauro, dont la barbe a encore poussé depuis son passage au Café Central, affronte crânement le public qu’il troue de son regard bleu piscine. Alan est plutôt en mode relax et souriant tandis que je vois à peine Stéphane, caché derrière les instruments. “The Architect” joue comme un détonateur! Le voilà ce “frisson” que je connais bien et que j’attends à chaque concert. Le moment où on commence à oublier où on est…Le refrain est irrésistible et voilà le public qui s’y met… Il contribuera aussi à “Instant Street” pour cause de guitare défaillante (la fameuse ligne de guitare de la fin de la chanson), “Bad Timing” est, je pense, le seul rescapé de “Pocket Revolution” . Moment de grâce, “Smoker’s Reflect”, baigné dans une lumière rouge, et qui est sans aucun doute ma préférée de “Vantage Point”. Au moment du rappel, je pense défaillir! C’est “Fell Off The Floor, Man”. Tom, a négligemment planté une enième cigarette entre des deux clés de sa guitare. Elle ne va pas faire long feu sur ce morceau bien agité! Les applaudissements n’ont même pas le temps de s’éteindre que les premiers crissements de violons de “Suds and Soda” vrillent dans l’air. C’est la folie! On ne peut plus retenir Tom qui doit bien sentir que le public complètement parti, lui aussi!

Les lumières se rallument. Je regarde Lo qui me saute quasiment au cou (quasiment parce qu’il est deux fois plus grand que moi)!

Le fond de l’air est frais quand nous nous retrouvons dehors. Je chancelle étrangement, encore ébranlée par la musique. Lo aussi.

“Et voilà, dEUS en live, ça, c’est fait”

“Ah ben oui maintenant, tu vas devoir trouver un autre but dans la vie” me taquine t’il.

Bon, ils viennent à Forest national finalement?

Vous pouvez aussi jeter un oeil aux superbes images du photographe “officiel” de la soirée (Ouais Mel… tu as tout à tout à apprendre, ma vieille).

I never thought the day would come!!!

Je le savais, ce n’était qu’une question de temps. Les jeunes trentenaires nostalgiques n’ont pas oublié les bouclettes de Joey McIntyre, les lèvres de Jordan Knight, la moue de Donnie Wahlberg, le charme de Jonathan Knight et euh… Danny Wood alias les New Kids on the Block.

Oui lectrice (et peut-être lecteur), tu peux avouer que tu en as passé du temps à baver devant tes posters, que tu chantais “Step by step/Oooh babyyyyy” devant ton miroir. Après tout ce temps, il y a prescription et on peut en rigoler.

Oui lecteur, tu te souviens de t’être foutu de la gueule de ta petite sœur, jusqu’à ce que ta mère exige que tu la chaperonnes pour aller au concert. Admet aussi que c’est drôle!

Trentenaires nostalgiques donc, ceux qui ont mis le mot “boys” dans “boys band” reviennent. C’est à la mode. Les has-beens sont de retour, auréolés d’un vernis de 36ème degré que le temps leur a apporté (demande à JCVD). Sur la Rockefeller Plaza, le QG de la chaine NBC, la prestation sous forme de medley n’est pas terrible. Mais bon, ça fait presque 15 ans qu’ils n’ont pas “performer” (je n’arrive pas à dire chanter, désolée) ensemble. Et ces choréographies! Je me suis revue à 16 ans, mon premier concert, mon premier Forest National, en train de hurler comme une folle “Joey, I love youuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu” à tout moment et de regarder les filles tomber comme des mouches à un rythme soutenu.

Un nouvel album (écoutez, ca vaut son pesant de cacahuètes) et une tournée suivront.

Dîtes, vous pensez qu’ils passent à Bruxelles?

;)

La panique, c’était le mot d’ordre qui régnait la semaine dernière. Mes voisins et moi étions sommés de quitter nos nids douillets.

Il fallait faire quelque chose! Le mercredi, je rencontrais donc mes voisins pour la première fois. Une expérience étrange que celle de partager exactement les mêmes sentiments : l’incrédulité, le refus de se laisser malmener, ne pas savoir si nous devons vraiment partir, les murs qui nous paraissent soudain hostiles, l’impossibilité de dormir et de penser à quoi que ce soit d’autre… A défaut d’adopter une vraie stratégie, cette catharsis collective nous a fait un bien fou! Mais j’ai déjà quelque chose derrière la tête.

Au premier coup de semonce, je m’étais précipitée sur tous les sites webs afin de trouver mon nouveau chez moi, aiguillonné par l’étrange sentiment d’être d’une extrême vulnérabilité à l’endroit où on devrait se sentir le plus en sécurité. Et là, après le coup de massue, le coup de bol. Quasi au coin de la rue, il y a un appartement. Un peu plus petit mais agencé différemment, il y a moyen d’en faire quelque chose de bien avec sa grande pièce centrale qui combine cuisine, salon et salle à manger. Et puis, il donne sur l’arrière et le calme est précieux dans le Centre. J’en visiterai d’autres mais c’est le premier qui aura retenu mon attention. J’hésite… pas envie de déménager, pas envie de briser la solidarité entre locataires, pas envie de me faire jeter de cette façon… et puis arive les nouvelles des avocats.

Pas terrible.

Ma décision est donc prise. Ce soir, j’ai signé mon bail.

J’ai entendu Daniela se lever. Pendant que celle-ci prend sa douche, je prépare le café en me remémorant la fin de la soirée. Tout le monde qui file au Roi des Belges, je me retrouve coincée entre des Féroéiens trop heureux d’être ensemble en vacances et des Suisses allemands qui ne se sont plus vus depuis un moment. Je ne me sens pas à ma place et ma timidité naturelle reprend le dessus. Je ne suis pas là depuis dix minutes que je décide de partir. Je m’excuse auprès de Daniela. Je pousse la porte de mon appartement maugréant sur moi-même… mais ce matin, le temps est beau-fixe et il y a encore quelques découvertes à faire! Ma couchsurfeuse me confirme, après une gorgée de café au lait, qu’elle a envie de faire une petite ballade. Son train part en tout début d’après-midi, cela nous laisse deux heures. Pendant que je prends ma douche, j’ai ma petite idée. “Je vais te faire une surprise” dis-je en rigolant et nous voilà parties pour De Brouckère. Lorsqu’elle se rend compte que je l’emmène dans un parking, Daniela me regarde d’un drôle d’air. “Fais-moi confiance, tu vas adorer”. En me regardant presser sur le bouton du dernier étage, elle commence à comprendre. Voilà ma surprise: Bruxelles offerte à ses pied et sous le soleil, encore bien! Nous sommes sur le toit du fameux Parking 58. Lors du détail de la vue, je pointe le Quartier Ste-Catherine, juste en bas. C’est la portion de Bruxelles que je compte lui servir ce matin. Nous redescendons et retournons rue Dansaert. Les boutiques des créateurs s’alignent les unes après les autres. Il n’y a presque personne, ce qui enchante Daniela qui était au bords de l’overdose de touristes depuis hier (Saint-Gall doit décidément être une petite ville bien calme). Non, ici, aux abords du Canal, il n’y a pas de touristes! Seul le Walvis a fait le plein à l’heure de l’apéritif. Nous traversons. De ce côté-ci, nous ne sommes plus à Bruxelles-ville. Les nouveaux logements construits autour de la Station Comte de Flandre atteste du renouveau du quartier. Daniela, elle, préfère les vieilles maisons décaties côté bruxellois. J’imagine que sur les deux rives, jusqu’à Tour et Taxis, cela pourrait devenir un ensemble qui ferait la fierté des habitants… Des maisons restaurées, des hangars transformés en loft, des espaces verts, des promenades des deux côtés, des cafés au fil de l’eau… Puisque Bruxelles a du enterrer la Senne, il faut bien qu’elle se fasse pardonner avec le Canal! Nous repassons le pont et prenons la rue de Flandre avant de bifurquer pour voir l’Impasse de la Cigogne et rejoindre l’église Sainte-Catherine et le Marché-aux-poissons. A l’intérieur de l’église, c’est la messe. Un chant saccadé et une lange inconnue m’interpelle. Dans un coin du bâtiment, on a construit une espèce de chapelle orthodoxe. Les cheveux de jais de la plupart des assistants et le grand nombre d’hommes me font penser qu’il s’agit de Roumains. Daniela et moi assistons respectueusement à l’office, quelques minutes, le temps pour le pope de brandir la Bible devant tous.

La ballade est terminée. Il nous reste assez de temps pour boire un petit verre en terrasse. La place du Vieux marché aux grains, nichée sous les arbres, ressemble à une place de petit village! Et la terrasse de De Markten a réouvert. Mais en ce beau dimanche, pas moyen d’y trouver deux chaises. Nous irons donc nous rafraichir à Saint-Géry. Trop occupées à discuter de la ville, Daniela et moi n’avons guère eut le temps de parler. Je la sens tout emplie par la grande aventure qui l’attend! Quitter le continent, sa famille, ses amis, pour rejoindre des confettis perdus sur l’océan… Moi qui ait aussi joué le quitte ou double pour traverser l’Atlantique, je comprends qu’elle ait du mal à penser à autre chose. Elle doit faire ses rapports pour la personne qui lui succèdera, préparer la logistique de son déménagement, faire ses au revoir… juillet et le Groenland seront alors bien proches. Elle fera ensuite un saut en Islande avant de rejoindre ses îles.

A la Gare du Nord, quand je la laisse sur le quai, une idée commence à prendre germe… et si j’allais couchsurfer dans l’Atlantique Nord?

Lorsque j’ai vu l’affiche proposée pour la Fête de l’Iris (la Fête de la région bruxelloise), je crus défaillir: Sharko, Daan et Ozark Henry, soit trois groupes qui sont dans mon top 10 de ce que notre Belgïeland peut produire. Et cerise sur le gâteau, le temps estival qui fait sourire la ville depuis le week-end dernier continue de nous gâter. A 15 minutes du début, encore peu de gens sont là et j’arrive même à dégoter une petite place au premier rang! Je sens déjà mon appareil-photo frétiller de plaisir. Je ne suis pas installée depuis 5 minutes que je remarque une silhouette familière. C’est Assistante! et je suis contente de la trouver là. Elle ne connait aucun des groupes et je suis curieuse de voir sa réaction face à ces trois phénomène.

Sharko at Iris Day

C’est Sharko qui ouvre le bal. Il est déjà 19 heures mais le soleil brille de toute sa force et le pauvre David a bien du mal à garder les yeux ouverts. Je persiste à penser que faire passer un groupe qui s’accommode mieux de salles caverneuses en début de concert est une ineptie. Certes, nos gaillards ont de l’énergie à revendre mais la chaleur et la nonchalance du public à cette heure n’aident pas à faire vraiment décoller le set et comme David donne toujours le meilleur de lui-même quand son public le porte, c’est un peu décevant, même si certaines chansons (comme “Motels”) ont eu droit à un petit traitement spécial.

Daan at Iris DayQuand Daan et son groupe (claviériste, bassiste, guitariste, trompetiste et une charmante batteuse) arrive, c’est toujours la grande classe qui débarque. Tous de costumes vêtus (sans oublier les lunettes de soleil, l’accessoire indispensable du Sieur Stuyvens quand il est sur scène), on sent déjà qu’on va passer un bon moment. C’est la partie que j’attendais, n’ayant jamais eu l’occasion de voir le gaillard en concert. Et regarder Daan à l’œuvre, c’est un plaisir! Un peu comédien, il prend tantôt des pauses de rocker ou de chanteur de charme, réajuste sa cravate, joue des mains et de la mèche. Mon Fujifilm en est encore tout émoustillé. A partir de “Victory”, la température du public commence à atteindre le niveau de la lave en fusion et c’est sur un “Housewive” de feu (avec un Daan qui vient faire coucou juste derrière les barrières) que l’assistance réclamait depuis le milieu du set que se conclut la part la plus vitaminée de la soirée. Ce type mérite d’être un ’star’ dans le sens noble du terme.

Ozark Henry at Iris DayQuand Piet Goddaer, tout en blanc, arrive sur scène, c’est un peu comme une apparition irréelle. Il a l’air de flotter plutôt que de marcher. Il fait nuit désormais et nimbé dans un bon jeu de lumière, sa musique atmosphérique emplit toute la place. Ses mains, qu’elles soient sur son clavier ou serrés convulsivement, parlent pour lui car Piet n’est pas du genre bavard. Je crois qu’il est impossible de ne pas se sentir transporté par sa musique! “At Sea” et “Indian Summer” finissent par mettre le public à genoux.

C’est en marchant sur des centaines de canettes d’Heineken (franchement, chère région bruxelloise, est-ce bien sérieux? De la bière hollandaise pour ta fête?) que Assistante et moi nous séparons, la tête pleine de notes.

Vivement la Fête de la musique!!!

Le soleil brille, brille, brille quand j’entends Daniela qui s’extirpe de mon “couch”. On est samedi et j’ai bien senti que mon invitée est allergique aux touristes. Et si je l’emmenais faire une mini-ballade Tram + Art Nouveau + Châtelain ? Je traine donc ma Suissesse jusqu’au Tram 81 et nous descendons rue Janson, à la découverte des petits bijoux qui y nichent. Je prends mentalement des notes… Daniela ne le sais pas, mais elle est un peu mon cobaye car même si je connais un peu le quartier, c’est la première fois que j’y joue au guide. Nous finissions par atterrir chez les Petits Riens, comme ça, juste pour le fun. Et même si Daniela a un côté garçon manqué, la voir se jeter sur les chemisiers la trahit!

L’heure du déjeuner nous attire vers la place Flagey. C’est samedi, jour de marché autour des étangs d’Ixelles et devant Frit-Flagey, il va falloir faire preuve de patience au vu de la file. J’assure Daniela que l’attente en vaut la frite et lui explique comment procéder avec le “Fries Nazi”, qui fait tout l folklore de l’endroit.

1. Le genre de frites (et ses déclinaisons) d’abords, tu demanderas

2. La viande, éventuellement tu commanderas

3. La sauce, seulement quand on te le dit, tu requéreras

Un délice! Un petit tour en bus nous emmène vers le Parc royal. Ça faisait si longtemps que j’en avait oublié à quel point j’aimais le jeux du soleil sur les feuilles. Je flânerai bien à loisir mais Daniela a rendez-vous au Beursschouwburg avec une horde venue du froid. Le mini-festival Atlantic Sounsdcape vise à faire découvrir l’art et la culture des îles Féroé mais alors pourquoi le diner et les expos sont sur seules invitations? Je n’en ai pas et nous convenons de nous retrouvez à 20 heures pour le concert.

Je regarde autour de moi…. beaucoup de personne dans le public sont des invités. Daniela m’informe que la plupart sont des insulaires. Je ne suis pas loin de m’imaginer qu’ils ont affréter tout un avion pour pouvoir tous venir. Je les regarde… les garçons ont soit le physique du lutin, soit celui du viking, quand aux filles, elles ont l’air de petites fées. Le Beurs est plongé dans le noir et un grand blond elfique apparait nimbé d’orange. Ça commence bien!

Après cinq minutes de Budam, je me dis qu’il doit y avoir quelque chose dans les vents qui battent ces cailloux atlantiques car tout comme leurs cousins islandais, les Féroéiens ont l’air d’être une sacré bande d’originaux! Et si j’avais besoin d’une confirmation, Orca est là. En guise d’instrument, des objets typiquement de là-bas : un poteau d’enclos pour moutons, un baril de pétrole, une scie, des planches de bois… Et un chanteur qui a de gueule et dont la langue m’est strictement incompréhensible. Les bidons claquent, les scies vrillent… sans doute l’expérience la plus authentique de la soirée!

Gestir me rammène en terrain familier! Bien que chanté en féringien, les mélodies sont bien anglo-saxonnes… Je peux même dire que le chanteur doit être un gros fan de Jeff Buckley!

Enfin, Boys in a Band, groupe au look soigné, exubérant, loufoque et sautillant (toutes les peines du monde pour les photographier correctement) va finir par mettre le feu à la salle.

Après le concert, je surprend une Daniela tout sourire et les yeux plein d’étoiles, en grande conversation avec le chanteur d’Orca. Hmmm… il y aurait donc bien un garçon.

Budam Orca Gestir Boys in a Band

“Presque 20 heures! ‘Faut que je rentre.” m’étais-je dit hier soir alors que je finissais ma blanche en terrasse, en compagnie d’un Isaac Asimov que je n’avais pas encore lu. Je m’accordais le temps de terminer le chapitre avant de rentrer, tranquille, contente et soupirant d’aise dans le soleil couchant.

Je fais chauffer ma poele et sort ma demi-entrecôte et mes légumes préparés de la veille. Une soirée pépère et délectable à souhait se prépare, après des congés bien remplis . J’ai à peine fini de manger que j’entends frapper à la porte. C’est le fils de ma “proprio”. Je ne m’étonne pas car la fuite de la douche de mes voisins commence à peser de sérieux problèmes! Quand il me dit: “Je crois que tu devrais t’assoir”, ma gorge se serre. Je lui indique le fauteuil à bascule et je me pose sur le sofa.

“Voilà, il va falloir déménager”

Je sens mes yeux quasi sortir de leur orbite.

La gérante du café au dessus duquel j’habite n’est pas propriétaire, comme beaucoup de tenanciers de débits de boisson. Une brasserie la loue, la dite brasserie n’étant elle-même pas propriétaire. Et il se trouve que la brasserie, ayant fait sa demande de renouvellement de bail un jour apr§s l’expiration, s’est trouvé en défaut. Une décision du “juge de paix” et voilà le propriétaire favorisé et les locataires sommés de débarasser le plancher.

Une tuile grosse comme une maison vient de me frapper.

J‘ai peu dormi cette nuit. Tonton Nick avait du effrayer le marchand de sable. Il va pourtant falloir montrer bonne figure : ma couchsurfeuse arrive en début d’après-midi. Je suis déjà bien drillée: peu avant 13h20, me voilà Gare Centrale à faire le guet. Je la retrouve en haut des marches de la salle des pas-perdus. Longs cheveux colorés de roux, le teint fleuri d’une fille de la montagne, le regard bleu délavé, Daniela est une fille pleine d’énergie et de projet et elle me le prouve en me demandant si je peux l’emmener faire un tour en ville. Le temps de déposer ses bagages et nous voilà parties sous le soleil. Après deux bonnes heures de marche, nous atterrissons rue du Marché au charbon, en terrasse et entamons enfin une vraie discussion. Daniela est donc venue pour voir un mini-festival d’artistes en tous genres des îles Feroé. Mais pourquoi cette admiration pour ce coin ignoré du monde? Elle ne sait pas me l’expliquer. Elle était en route pour l’Islande et s’est arrêtée dans ces îles sur le chemin. Voilà. L’ambiance, les gens, la culture… tout lui plaît et elle s’y installera cet été, après un détour par le Groenland. Ayant déjà creusé son petit réseau grâce à sa passion (elle booke des concerts pour les groupes insulaires), elle connait déjà pas mal sa région d’adoption et s’est même mise au Féringien! Il est des endroits comme des gens, on s’en éprend alors qu’on ne s’y attendait pas. Daniela a donc un joli quota de voyages derrière elle… l’Indonésie, Thaïlande… Je me sens des fourmis dans les jambes rien qu’à l’écouter!

Le soir tombé, je la laisse aller seule à un concert à l’AB. Des amis venus de Suisse y sont aussi et elle ne s’y ennuiera pas. Je profite de mon moment de solitude. Je n’en aurait pas beaucoup les deux prochains jours. Mine de rien, je me demande s’il n’y a pas un garçon en dessous de cet amour pour ces rochers semés dans l’océan…

La fièvre. C’est ce que Nick Cave and the Bad Seeds m’avaient inoculé, vue l’agitation qui me tenaillait hier soir. La voix profonde de l’Australien continuait de me raconter des histoires, probablement pour m’empêcher de rejoindre le royaume de Morphée.

Ce fut un concert immédiat, avec notre moustachu préféré en grand prêtre, et en grande forme, des Bad Seeds concentrés sur leur affaire et un public certes chaleureux, mais moins exubérant que ce à quoi je m’attendais. Bien sûr, l’absence de certains morceaux ont fait quelques déçus. Laissés sur le bas-côté pour cause de choix nécessaire dans un répertoire qui compte plus de 20 ans de chansons. La part belle du concert était réservée au nouvel album, “Dig!!! Lazarus, Dig!!!“, mais il y eu “Tupelo“, “The Ship’s Song“, “Papa Won’t Leave You, Henry“, “Stagger Lee” et cette perle de simplicité, “Into Your Arms“.

Perchée sur le premier rang du balcon de Forest National, mon appareil photo m’a servi de longue-vue et dans mon œil collé au viseur, probablement la fascination du Petit Chaperon Rouge qui rencontre le Grand Méchant Loup.

Nick Cave and the Bad Seeds

Les week-ends à la campagne ne seront décidément plus les mêmes! Comme d’habitude, je pousse un “Nonaaaaaaaaa?” retentissant pour signifier que je suis arrivée. J’ai droit au “Ah!” usuel mais le coeur n’y est pas! Et pour cause, au premier, il y a mon frère allongé en train de lire un BD.
“- Et alors? ”
- Ben ouais…”

Mon petit frère et moi, on ne se ressemble pas. A part un regard infiniment mélancolique hérité de notre mère, rien ne trahit notre lien de parenté. Ni nos physiques, ni nos caractères, ni nos visions de la vie, ni nos opinions, ni même la façon de parler! Oui, il n’y a que le regard… et une fichue tendance au silence quand il s’agit de la famille. Je suis donc obligée de recourir à des informations de seconde main pour savoir ce qu’il s’est passé. Une dépression qui dure depuis longtemps et prise pour de la fatigue d’avoir trois enfants à élever, de multiples tentatives de ruptures, celle-ci semblant être définitive, le chômage qui persiste… Et voilà le résultat : une famille brisée, des petites filles qui ne se rappelleront pas d’avoir jamais vu leurs parents ensemble, une maison à peine construite qui était un foyer pour le futur et qui d’un coup, cesse d’être “chez-soi”. Un vrai blitz., quoi! Le genre qui laisse sans voix.

C’est peut-être pour cela qu’en repartant, je n’en savais pas beaucoup plus qu’à mon arrivée.

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