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Mélissa et les garçons, épisode 6 : Heart of glass

3 April 2011 4,029 views 7 Comments

Depuis que le coup de foudre m’avait complètement grillé les neurones, j’errais comme un robot privé d’instruction. Mes journées se résumaient à guetter l’Objet de mon affection les jours où nous avions des cours en auditoire. J’attendais fébrilement à ma place habituelle en espérant qu’il vienne s’asseoir/qu’il me salue/qu’il me sourit bref, n’importe quoi. Mon humeur était semblable à un mois de mars dont la météo était gouvernée par le bon vouloir d’un dieu. Ne m’avait-il pas vue en entrant, je pensais quasi mourir. Se retournait-il 5 minutes plus tard pour me dire bonjour, et je planais littéralement. Tout cela était épuisant. Plus délicat encore était de cacher l’étendue de mes sentiments dont l’ampleur aurait pu faire peur au plus téméraire des amoureux. Je rassemblais toutes mes forces pour contenir ce que je pouvais. Pendant ce temps, entre nous, était né une amitié emprunte de dévotion de mon côté et d’affection quasi fraternelle du sien. Avec sa classe, son regard parfois triste et ses réflexions parfois désabusées, il me faisait l’effet d’un prince ayant perdu sa voie et moi, je tenais le rôle de la Petite Sirène d’Andersen. Une bouffée d’air qui occupait son esprit troublé mais rien de plus qu’une distraction rafraichissante avant de repartir vers son monde. Malheureuse comme les pierres et exaltée comme une fanatique, c’est dans cet état que je rencontrais mon prétendant ou du moins, qu’il se présentât à moi un soir de débauche. Plus âgé, sensible et prévenant, il avait réussi à ouvrir une brèche dans mon esprit amolli par l’alcool. « Tu m’impressionnes trop sobre ». Je me souviens avoir ri comme une folle. Comment une demi-portion mal fagotée et perpétuellement en pétard avec ses cheveux pouvait faire peur à qui que ce soit ? Je saisis néanmoins la main tendue… et me retrouvais dans la position d’objet d’adoration. Tout me disait que j’aurai dû tomber dans les bras de mon Soupirant. La connivence fut immédiate, les confidences, faciles et mon égo meurtri se régalait de l’attention qui lui était apporté.

La situation était digne d’un mélo de gros calibre : amoureuse d’un garçon qui ne m’aimait pas tandis que je faisais subir à un autre la torture que j’endurai moi-même tous les jours par les mains du premier.

Comique, en rétrospective. Je vous donne un exemple ?

Mon Soupirant aimait les lettres, aussi m’en envoyait-il régulièrement, pour le plaisir et pour le mien. Quand je trouvais une enveloppe et reconnaissait l’écriture, mon cœur battait et je n’osais ouvrir pendant de longues minutes. Je savais que j’allais y trouver une nouvelle expression d’un amour que je ne pouvais pas retourner. Un jour, dans l’auditoire, j’étais plongée dans la relecture d’une missive reçue le matin même lorsque l’Objet de mon affection vint s’asseoir à côté de moi. « Ah ah ! Une lettre de ton amoureux ? Tu sors avec ce p’tit mec, là ? » dit-il d’un ton qui aurait pu signifier « Ce gars n’a aucune chance contre moi ! ». Je rougis et bafouillais une réponse négative.

« Allez, on m’a dit qu’on t’avait vue à la soirée d’hier.

- Ah bon ? Et c’est qui « On » ?

- J’ai mes informateurs !

- Tes informateurs se sont trompés ».

J’essayais de garder l’air le plus dégagé possible mais mon cerveau était en ébullition ! On le renseignait à mon sujet ?!  Avant que j’aie le temps de réfléchir, je sortis un morceau de vérité : « Je ne pourrais pas sortir avec lui, je suis amoureuse d’un autre. »

Mais qu’est-ce que j’avais fait ! Je vis la surprise se peindre sur les traits de mon interlocuteur. Il allait me cuisiner. La panique commençait à m’envahir.

« Vraiment ? Et je le connais ? »

Nier, tout nier, vite. Rattraper le coup.

«  Non, je ne pense pas…

- Il est dans l’auditoire ? »

Et merde ! Il n’allait pas lâcher l’affaire. Je devais être rouge comme une tomate, j’entendais le sang me battre dans les oreilles et la voix de l’Objet de mon adoration me parvenait dans un brouillard auditif.

« Je ne sais pas… Je ne l’ai pas vu. »

Une pierre glissa lourdement dans mon estomac. J’avais eu une opportunité de me dévoiler et ma lâcheté venait de la perdre. Je me sentis m’affaisser…

« Et… il le sait.

- Non, je ne lui ai rien dit. Je n’ose pas.

- Tu devrais lui écrire une lettre. »

Son visage s’illumina : « Et si tu n’oses toujours pas, je peux t’aider et la lui donner. »

Après la pierre, ce fut le coup de poing.

Je voyais malgré tout le cocasse de la situation et réussis à mettre fin à cette embarrassante conversation en lançant un « Non, non, je m’en occuperai moi-même » convaincant.

A la sortie du cours, mon Soupirant  m’attendait en bas des escaliers alors que l’Objet de mon affection finissait de me demander si on pouvait échanger nos notes de cours. Les parties tenantes à ce drame se trouvaient physiquement présentes, en même temps, dans une espèce de duel à OK Coral que moi seule pouvait comprendre. Je vis un sourire (presque narquois ?) sur les lèvres du dernier tandis que mon Soupirant avait pris un air fermé et un regard qui aurait pu abattre sur place son rival.  Je ne lui avais rien caché… et il savait très bien pourquoi je ne cédais pas à ses avances.

Il m’invita malgré tout à aller boire un verre à la cafèt’… Je regardais mon Soupirant fixement alors qu’il essayait de me dérider en me tenant la main mais de temps à autre, mon visage se tournait vers les tables près des fenêtres où l’Objet de mon affection se trouvait en charmante compagnie. C’était irrésistible et je m’en voulais doublement. Premièrement d’être si faible que je savais à peine me contrôler, deuxièmement, de jouer la sadique malgré moi.  Lors d’un énième coup d’œil, ce que je vis me fis dresser debout, le visage, je suppose, décomposé, la bouche ouverte. Mon Soupirant se leva aussi et regarda dans la direction où se portait mon regard : son rival embrassait langoureusement la charmante compagnie.

Il n’eut le temps de ne rien dire. Je filais aux toilettes. Et au lieu d’une crise de désespoir, rien. J’avais le cœur brisé mais au lieu de palpiter dans de derniers soubresauts, je le sentais inerte, dur et froid comme une babiole de cristal éclatée sur du béton. Je me contemplais longuement dans le miroir et ne sentais plus qu’un grand vide.

Je sortis. Mon Soupirant m’attendait, inquiet et anxieux. Cela m’énervât, plus que cela ne me touchât. Il me raccompagnât jusque chez moi, toujours plein de sollicitude. Je ne pus que lui souhaiter froidement une bonne nuit et je m’enfermais dans ma chambre pour tomber dans un sommeil de brute une fois allongée sur mon lit.

First I had love. And it was a gas.

 


Blondie – Heart Of Glass par Discodandan

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7 Comments »

  • sad said:

    Tellement bien raconte, ca me rappelle des souvenirs :p

  • Un Homme said:

    Ah ces folles années de notre jeunesse… :p
    Vivement la suite! ;)

  • melissa (author) said:

    @Sad En rétrospective, hein… On peut en rire! ;D

    @Un Homme : Je retiens ta suggestion de faire un “Précédemment…”, il y en a qui vont se perdre!

  • Un Homme said:

    Mel: ou bien crée une rubrique spécifique, qu’on puisse embrasser tous les épisodes en un clin d’oeil. ;)

  • melissa (author) said:

    Il y a ! A gauche, sous “Catégories”.

  • koumkouma said:

    humm, quelle belle histoire, et tellement bien racontée. j ai vécu la scène comme si j’y etais !
    mais c’est vraiment dommage pour la jeunne fille, que son amour n etait malheuereusement pas réciproque! qui sait! peut etre qu il ressent la meme chose pr elle enfin c’est certain!
    mais elle a raté l’occasion de le lui dire, dommageeeeee!

  • Sad said:

    La suite! La suite!

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